Etudes de cas

Mercredi 29 juillet 2009 3 29 /07 /Juil /2009 07:00

Comment raconter son histoire, sans pour autant tomber dans le ton plaintif, lorsqu’on est une entreprise qui a été poussée à l’exil par le gouvernement de son pays d’origine ?

Un quotidien zimbabwéen (The Zimbabwean) qui s’est réfugié en Afrique du Sud du fait de son opposition au régime du président Mugabe a trouvé une solution.


Il s’est servi de l’inflation incroyable qui sévit au Zimbabwe, à tel point que la monnaie locale n’a même plus cours dans le pays (pour donner une idée, au tout début de l’année, des billets de 100 milliards avaient été mis en circulation –l’équivalent de 11 euros).

L’agence de publicité du journal a choisi de mettre en scène de vrais billets zimbabwéens alignés les uns à côté des autres, pour réaliser notamment des affiches, avec un message des plus clairs : « grâce à Mugabe, cette monnaie est du papier peint ».


Ce sont au total plus de 3000 milliards de vrais dollars zimbabwéens qui ont été utilisés pour cette campagne de pub hors norme. Et le résultat a été au rendez-vous : le message de The Zimbabwean est passé via une centaine d’articles obtenus dans des publications du monde entier, et des milliers d’articles sur Internet (un de plus avec le mien –allez, que je valorise à 10 000 dollars zimbabwéens, pour être modeste).


Un enseignement de storytelling :

Ce n’est pas toujours forcément en racontant sa propre histoire personnelle, que l’on arrive à faire passer ses messages. Raconter une autre histoire est parfois bien plus efficace. Comment choisir cette histoire ? Il aurait pu s’agir d’une métaphore, mais dans le contexte présent, l’environnement proche fourmillait d’histoires très expressives prêtes à l’emploi. L’histoire choisie n’était pas de nature à faire pleurer dans les chaumières, une émotion qui n’aurait pas forcément eu de résonance, alors que les misères du Zimbabwe ont déjà été décrites un peu partout, mais à faire « sentir » et ressentir ce qu’est le Zimbabwe aujourd’hui. Une surprise indignée est peut-être l’émotion la plus prégnante et aussi la plus efficace. L’enjeu : que la situation du Zimbabwe, dont les médias ne parlent plus guerre, ne soit pas oubliée.

Un autre post sur le Zimbabwe : Des Powerpoint qui racontent des histoires

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Dimanche 26 juillet 2009 7 26 /07 /Juil /2009 07:00

Une pub sauve une ville ruinée

 

Les médias s’étaient fait l’écho, il y a quelques années, de la ruine de la ville de Yubari, située sur l’Archipel d’Hokkaïdo au Japon.

Ancienne cité minière, la ville avait tenté une reconversion dans le tourisme, à grands renforts d’investissements, mais faute de séduire les touristes, les dépenses ont mené Yubari à la banqueroute (plus de 350 millions de dollars de dettes). Et dans un pays fortement décentralisé comme l’est le Japon, même pas la peine de songer à appeler l’Etat à l’aide. Fermeture de services publics, mise en vente des infrastructures touristiques, coupes radicales dans les budgets publics, augmentation des impôts et même auto-ramassage des ordures ménagères par les habitants eux-mêmes : rien n’y a fait. Les habitants ont déserté la ville : de 120 000 habitants du temps des mines, Yubari n’en comptait plus que 12 000 en 2008.

 

Mais heureusement : il y a la publicité !

 

L’agence de publicité appelée à la rescousse par Yubari, Beacon communications Tokyo, a réussi à enrayer la descente aux enfers avec une campagne qui raconte… des histoires d’amour.

 

En travaillant sur le dossier, l’agence a en effet découvert que Yubari détenait le plus faible taux de divorce du Japon, et de loin. D’où le mot d’ordre de sa campagne : « No money but love ! » (Pas d’argent mais de l’amour !). Elle a même remporté pour cela un Lion d’or dans la catégorie Promotion au festival de la publicité de Cannes.

 

En plus de son slogan, Beacon a créé un personnage comme les Japonais les aiment bien, un peu manga, un peu archétype, bien plus qu’une simple mascotte : Yubari Fusai. Mignon tout plein et en même temps plein d’ironie : Fusai signifie « dette » mais aussi « couple marié », dans la langue japonaise.

Et ce n’est pas tout : des certificats officiels de « couple marié et heureux » ont été créés, des produits merchandisés, et même des CD de musique, tout cela pour faire de Yubari une destination pour couples heureux, avec plein d’histoires à y vivre.

 

Tout cela pourrait n’être qu’amusant et exotique, si l’efficacité n’était pas également au rendez-vous : Beacon a calculé que la campagne a rapporté à Yubari 1,5 millions de dollars en « exposition publicitaire », puisque de nombreux médias à travers le monde ont parlé de cette initiative. Mieux encore : le nombre de visitteurs à Yubari a augmenté de 10 % en un an, et la dette a été réduite de 31 millions de dollars. Les produits dérivés continuent d’ailleurs de rapporter de l’argent à Yubari, puisqu’ils sont diffusés dans tout le Japon.

 

Cela s’appelle aussi le retour sur investissement, à travers donc, des histoires d’amour, une utilisation astucieuse du storytelling.

 

 

Changer de perspective

 

C’est toujours à Yubari que cela se passe. Mais cette fois, il est question de melon, et de storytelling, encore, et de la ruine de l’ancienne ville minière de Yubari, toujours.

 

Car on cultive le melon dans la région de Yubari. Pas un melon exotique, qui ne ressemblerait à aucun autre connu dans le monde : il s’agit d’une variante du très classique (et néanmoins très apprécié) melon Cantaloup, que l’on cultive également en France.

 

Mais les melons de Yubari se vendent en moyenne entre 100 et 150 dollars pièce, avec un record atteint lors d’une vente aux enchères en 2008 : 20 000 dollars. Et l’adage « ce qui est rare est cher » ne s’adapte pas ici, car les melons de Yubari ne sont pas particulièrement rares.

 

Ils sont prisés comme cadeaux, offerts en été dans une boite en bois.  Les plus prisés (et les pus chers) sont ceux dont la forme est la plus ronde, et la peau lisse au toucher (mais ni trop ni pas assez, sinon le melon est recalé par la très officielle coopérative des melons de Yubari, qui traque également impitoyablement les contrefaçons).

 

Quel lien avec le storytelling ?

C’est une histoire qui vient d’être racontée. Et elle en raconte une autre : pour la percevoir, la comprendre, il faut changer de perspective, « se faire Japonais », car pour nous autres occidentaux, un melon ce n’est qu’un melon. La leçon de storytelling est de toujours raconter une histoire qui parle à ses auditeurs.

 

Et le lien avec la ruine de Yubari ?

Ah oui, la vente aux enchères à 20 000 dollars était au bénéfice du financement de la dette de la ville. Fin de l’histoire.

 
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Mardi 14 juillet 2009 2 14 /07 /Juil /2009 07:00

L’Islande avait une histoire qu’elle croyait être bonne : celle de la meilleure élève de la « narrative » libérale.

Agricole au Moyen-Age, terre de pêche aux 19ème et 20ème siècles, l’île avait troqué ses poissons contre des banquiers dans les années 90. La magie des crédits et des placements faciles avait remplacé celle des elfes et de la mythologie scandinave. Des illusions auxquelles le pays a cru parce qu’il en avait envie (trop facile d’incriminer uniquement les illusionnistes, qui ne seraient rien s’il n’y avait pas un public pour croire à leurs trucs).

Sauf que la narrative en question était une fiction.

 

Aujourd’hui, le système bancaire du pays s’est effondré. Les principales banques ont dû être nationalisées pour leur éviter la faillite. La couronne islandaise a perdu la moitié de sa valeur en moins d’1 an ½.

La Bourse : -94 % de sa valeur en 2008. Les achats de voitures : -92 % sur les premiers mois de l’année 2009. Du plein emploi au chômage à 10 %. L’électricité, dont le prix est indexé sur l’aluminium ((en chute) est vendue à perte.

Même le cours du poisson est bancal.

Et la dette du pays représente 10 fois son PIB.


Les Islandais ont voulu rattraper ce qu’ils considèrent comme un retard de leur île par rapport au développement de leurs voisins, eux dont les grands-parents vivaient encore dans des maisons en tourbe, et ils ont raté leur coup.

Ils auraient réussi que l’île serait devenue une icône des pays en voie de développement. L’Islande aurait été dans la lignée de ce que pouvait dire il y a 25 ans un Jean-Jacques Servan-Schreiber. Il conseillait en effet à l’époque aux pays en question de sauter l’ère industrielle pour entrer directement dans l’ère tertiaire.

Et bien ça a raté.

Les Islandais en sont les premiers conscients, eux qui ont manifesté leur révolte au son des casseroles devant le bâtiment du Parlement pendant 17 semaines consécutives, alors que le mot grève était ici pratiquement une insulte. Jusque là.


Aujourd’hui, c’est d’une nouvelle histoire dont l’île a besoin. L’argent du FMI n’est qu’un placébo. Les problèmes de fond subsisteront.

 

De quelle histoire pourrait-il s’agir ?

Une chose est sûre, elle ne pourra venir que directement du cœur des Islandais.

 
Quelques caractéristiques spécifiques de la société islandaise :
- en Islande, on ne se plaint pas, c’est un péché mortel
- les Islandais se considèrent comme de grands ados -le pays est jeune, indépendant depuis seulement 1944-, avec une immaturité assumée.

 

A partir de là, les Islandais ont déjà commencé à explorer plusieurs pistes pour vivre une nouvelle histoire :

- la piste des racines : on a d’abord pensé (pas longtemps) à la filière de la pêche à la baleine puis au folklore islandais (avec elfes et volcans), mais l’idée d’une espèce de zoo n’avait rien de très emballant.

- Mettre les artistes dans le coup ? Leur créativité pourrait-elle reconstruire une histoire ? Les artistes islandais y croient. Les mécènes de l’art islandais, eux, sont en plein dans la crise.

 

Plus convaincant, deux initiatives :
- Celle de Gudjon Gudjohnson, un jeune entrepreneur : il a créé le Ministère des Idées, qui appelle les Islandais à imaginer un nouveau modèle de société.
- Celle de la célèbre chanteuse Björk : elle a créé un fonds pour investir dans des activités qui introduisent des valeurs féminines dans le monde de la finance.

Et si la piste était celle-ci ? Celle d’un laboratoire d’idées expérimentées pour de vrai, testées sur cet échantillon d’Europe qu’est l’Islande. Cela pourrait fonctionner pour peu que ce soient les Islandais qui maîtrisent le processus et ne soient pas que des cobayes.
Ce serait un saut dans le vide à la Carlos Castaneda, c'est-à-dire que pour éviter de s’écraser au sol, il faut au cours de la chute accéder à une nouvelle forme de réalité.
Un geste désespéré ? Que risquent les Islandais ? D’après les observateurs, aucun de leurs hommes politiques n’ose leur avouer que les choses vont aller en empirant.

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Vendredi 10 juillet 2009 5 10 /07 /Juil /2009 07:00

Choisir des exemples de personnages célèbres pour raconter leur histoire dans des contextes d’entreprises n’est pas forcément la voie royale. Et en tout cas, pas la seule voie possible.

Aux histoires de personnages illustres, peuvent très bien se substituer celles… d’illustres inconnus.

C’est ce que fait le groupe Novalis Taitbout (spécialiste de la protection sociale, mais mieux vaut aller sur leur site pour avoir une vision de leurs activités), dans sa nouvelle campagne de communication, en presse, télé et Internet.


Il s'est appuyé sur l'image de quatre personnalités méconnues du grand public dont l’engagement a marqué l’histoire :
Gregory Pincus, co-inventeur de la pilule contraceptive, Jean-Claude Chermann, co-découvreur du virus du sida, Muhammad Yunus, créateur du microcrédit (Prix Nobel de la Paix en 2006, et le plus connu de ces inconnus, à voir en photo) et Christine Janin, médecin, alpiniste, présidente de l’association A chacun son Everest qui s’occupe des enfants atteints de leucémie.




Novalis souhaite mettre en avant l'idée que ce sont les faits, et les histoires, qui priment.

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Un autre post intéressant : Kiva là ? Une belle histoire / Kiva's Story
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Dimanche 14 juin 2009 7 14 /06 /Juin /2009 07:00
Trop se focaliser sur des éléments objectifs, fruits de réflexions pas forcément indispensables, peuvent nuire à la créativité c'est une chose. Mais que des considérations dites objectives viennent contredire d'autres conclusions objectives, sans même que leur auteur ne s'en rende compte...
Là, cela mérite d'être illustré par une histoire.

L'histoire :

Cela se passe en 1978, chez Coca Cola aux Etats-Unis. Le marketing et la publicité avaient du mal à prendre une décision sur le nom du nouveau soda que la firme voulait lancer.
Les créatifs de la pub étaient très chauds pour le nom Mello Yello.
Le chef d eproduit finit par leur dire que ce nom ne lui convenait pas du tout, parce qu'il sonnait comme le nom d'une drogue qu'on s'injecte ou qu'on sniffe au coin d'une rue.
C'est alors que le chef des créatifs s'écria : "mais que croyez-vous donc que le mot Coke signifie ?".

Alors,
le subjectif, l'émotion attachée aux histoires est-il forcément inférieur à l'objectivité, comme certains se décharnent à nous le faire croire ?

Pour paraphraser la consultante américaine Annette Simmons, je dirai que l'objectivité ne nous fait pas prendre de meilleures décisions, elle ne fait que faciliter les décisions. Et fournit des alibis.

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